15
Feb
2017
20

Où vont les banlieues françaises ?

A l’époque de mes grands-parents, la banlieue française s’appelait Maroc, Algérie, Sénégal, Mali ou Comores. Pendant longtemps, ces Etats, aujourd’hui souverains, étaient considérés comme partie intégrante de la République.  Dans les classes d’écoles situées dans le désert, dans la brousse ou dans les montagnes de l’Atlas, des instituteurs à l’accent pointu expliquaient aux enfants qu’ils descendaient des Gaulois.

Dans ces « banlieues », la France construisait des routes, des hôpitaux, des barrages, des villes entières… En retour, elle demandait une seule chose aux populations locales : « laissez tomber votre identité et devenez Français ».

En plus des infrastructures déployées à grand prix, la France versa des milliards en subventions à des peuples qui ne comprenaient pas son obsession à vouloir acheter leurs âmes. Quand la colère des colonisés surpassa la capacité des fonds qui achetaient la paix, la guerre éclata. Au départ, on parlait de manifestations, puis d’échauffourées, puis d’émeutes, puis de troubles… puis on envoya l’armée tout en se refusant à parler de guerre.

« Banlieue » après « banlieue », la France se replia vers son seul vrai territoire historique : l’Hexagone. N’ayant pas avalé que des peuples ne soient pas à vendre, les élites parisiennes décidèrent de reprendre l’expérience à zéro. Au diable Alger, Rabat, ou Bamako ! On aura Lille, Roubaix, Marseille et même le 9-3. Puis on aura toujours Ahmed le jardinier, Fatoumata la bonne-à-tout-faire et Karim l’incontournable épicier qui a le sens de l’accueil.

La nostalgie camarade !

A la façon d’un reflexologue plantaire qui retrouve les projections de tout le corps humain sur les pieds du patient, la France projeta ses colonies sur son propre territoire; une banlieue à la fois.

Ces élites cosmopolites qui font la pluie et le beau temps ne peuvent pas comprendre une chose : les peuples sont attachés à une ethnie, une religion, une langue, une culture, un héritage, une Histoire, une mémoire… Ce puzzle constituant l’identité ne s’estompe pas avec le temps. Au contraire, quand il est contrarié, il peut être amené à se renforcer au fil des générations.

On retrouve des jeunes nés après l’an 2000 qui sont plus remontés contre le colonialisme que leurs ancêtres qui l’ont réellement vécu. Ils ont la haine d’être nés en France et d’avoir un passeport qui leur donne la citoyenneté de ce pays. Ils ne rêvent que de renouer avec une identité qui se perd dans les méandres parfois confus de la mémoire collective.

Les expériences sociétales, finissent mal en général.

Les élites cosmopolites parisiennes ne sont attachées à rien et ne peuvent pas comprendre que d’autres pensent différemment. Ils ont tenté la même expérience coloniale sur le territoire français et l’Histoire va se répéter. La sécession qui s’exprime par le refus des employés régaliens de l’Etat français (pompiers, police, médecins, fonctionnaires… etc.) ira en se renfonçant. Comme jadis dans les colonies, les « troubles » seront de plus en plus fréquents et iront crescendo en violence. Il faudra des moyens considérables pour acheter et maintenir un semblant de paix sur le court terme. Sur le long terme, c’est perdu d’avance.

Certaines régions de France sont de facto indépendantes. Elles sont dites de « non-droit ». Ou peut-être plus proprement : de non-droit français. Parce qu’un autre droit y règne déjà. Tôt ou tard, il faudra se demander à quoi cela rime de les garder de force au sein de la « République ». Pourquoi s’acharner à faire vivre des populations entières sous un référentiel civilisationnel issu de l’Histoire de France alors que clairement elles s’identifient à autre chose ? Ce n’est pas tenable et ça ne tiendra pas.

Dans le meilleur scenario, la situation débouchera sur des referendums d’autodétermination dans l’issue officialisera le fait établi avec la création de petits pays qui deviendront rapidement des républiques bananières où règne le chaos et la loi du plus fort.

Comme en Afrique, quoi !

Le pire scenario n’est plus un tabou : la guerre civile. Un croisement monstrueux entre la Yougoslavie, le Liban, l’Algérie des années 90 et la Syrie d’aujourd’hui. Il y a de quoi faire travailler les agences de news pendant 20 ans.

Quand la poussière retombera, la France aura la taille du Luxembourg.

Les élites parisiennes et les journalistes à leur service diront qu’il faut accepter des refugiés de l’ex-France. On ne se refait pas…

 

 

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8 Responses

  1. Juliette Capulet

    Je soutiens ta cause et ton travail depuis longtemps, merci pour tes lumières Aldo. J’ai lu ton livre “Comme je parle” et l’ai passé à mon fils de 15ans. Il a adoré et grâce à ton style naturel et accessible, il sait un peu mieux les terribles enjeux que nous vivons maintenant et ceux à venir. Prends soin de toi !

  2. Joelle

    Une fois n’est pas coutume, je pense le contraire: les “jeunes” des banlieues n’ont pas été élevés avec nos ancêtres les gaulois mais avec l’idée (gauchiste) qu’ils étaient différents et qu’ils devaient cultiver leur différence, avec l’idée qu’ils n’étaient ni vraiment d’ici ni vraiment d’ailleurs. D’où une non assimilation.

  3. José Jacob

    Je ne crois pas qu’il y ait actuellement en France un politicien assez courageux et déterminé pour relever le défi.
    Pauvre France que nous laissons aux futures générations.
    Un grand merci pour tes commentaires toujours aussi judicieux.

  4. Dominique

    A l’époque de mes parents… il n’y avait pas de banlieue. De mon époque (1970) la banlieue commençait à éclore mais avait des connotations portugaise, italienne mais surtout française. Quelques personnes venant du continent Africain vivaient et jouaient parmi nous. On les aimaient dans le sens qu’ils partageaient au quotidien les mêmes choses que nous. Normal quoi !
    Aujourd’hui la banlieue n’existe plus. C’est devenu tout simplement dans certains endroits et certaines villes des ghettos. Quand tu y rentre tu est vite repéré et cataloguer comme “étranger” peut importe la couleur de ta peau. Tu n’es pas d’ici et ça “ils” n’aiment pas.. et ce n’est pas normal !
    Avant dans ma cité, il y avait un concierge et…un gardien. Interdiction de marcher sur la pelouse, pas de linges aux fenêtres après 10h00 du mat’ et surtout le soir : plus d’enfants dehors après 19h00 ! et ça marchait. Il y avait de l’ordre et un respect mutuel. Et quand quelque chose n’allait pas… c’était les pères qui s’occupaient de l’histoire. Aujourd’hui? où sont ils? les pères!!! pour remettre de l’ordre et éduquer leurs enfants! la soit disante banlieue est elle dirigée par des mères? plutôt par les fils n’est ce pas!!! mais où sont les pères??? je connais un peu la réponse mais ceci est une autre histoire.
    Merci Aldo pour tes billets et autres vidéos. Cordialement à toi

  5. un français imigré qqpart

    Salut Aldo, j’apprécie beaucoup tes videos ou j’ai appris sur le magrebh, l’islam entre autres.

    Je suis assez d’accord sur le constat. Malgré cela je ne pense pas qu’on ira vers une guerre pure ou même une sécession. La raison est que le pouvoir central français est quand même très puissant (police et armée), la démographie est favorable aux pro France y conpris en y incluant une grande partie des personnes d’origine africaine. Seule une sale frange de la population pourrait être secessioniste.
    Dans ce cas elle ne ferait pas le poids contre le reste du pays.

    Des troubles sont possibles et probables, voir meme des affrontements armés et des groupes terroristes. Au final je vois plus une situation conflictuelle à la favellas de rio ou quartiers de Karachi, ou Kosovo en situation de semi guerre urbaine. Ce serait déjà extremmement grave.

  6. Ludovic

    Votre article illustre bien le concept de sécession ou partition. Néanmoins, il me semble que ce concept est exportable aussi dans les pays arabisés où les berbères ou les démocrates ou les laiques ou les femmes ou les kurdes ou les modernes ne partagent pas les idées des rétrogrades. Et en France il y a des musulmans laiques et patriotes et modernes et des apostats et des non pratiquants. d’une certaine facon, le microcosme a tendance à se retrouver dans le macrocosme, avec par exemple les “villes mondes” comme Paris, New-York, Londres.

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